Nayib Bukele, président du Salvador depuis 2019, se proclame le « dictateur le plus cool du monde ». Il avait largement remporté sa première élection, que l’Union européenne avait qualifiée de « crédible, transparente et bien organisée ». Toutefois, sa réélection en février dernier fut illégale, six articles de la Constitution interdisant la réélection immédiate du président,
Néanmoins, Bukele demeure populaire, et ce pour une raison précise : avant son mandat, au cours duquel il s’est engagé à éradiquer la violence des gangs, El Salvador affichait le taux de meurtres le plus élevé au monde. Aujourd’hui, il a chuté de façon spectaculaire.
Vente aux enchères des droits fondamentaux
La stratégie de Bukele ? Une politique basée avant tout sur des arrestations arbitraires. Des dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, ont déjà été incarcéré·es. Au bout de cette chaîne, on trouve souvent une femme qui, en raison de l’arbitraire étatique, se retrouve seule à subvenir aux besoins de sa famille, la rendant ainsi plus vulnérable aux conditions de travail abusives. Par ailleurs, la violence envers les femmes reste alarmante : chaque jour au Salvador, une femme est tuée par un homme.
Bruno Essig, responsable du programme Amérique latine de l’ONG Brücke Le Pont, rapporte des conditions de travail oppressives et préoccupantes : « Les travailleuses du textile ne sont pas payées, elles font des heures supplémentaires non rémunérées et n’ont aucun droit social. Le harcèlement sexuel est fréquent. » Ces conditions de travail déplorables entraînent souvent des problèmes de santé chroniques, ajoute Essig.
Dans ce contexte, Brücke Le Pont a mis en place un projet qui renforce à la fois les structures démocratiques et les droits des femmes. Dans le cadre de ce projet, Brücke Le Pont s’appuie sur le droit du travail pour améliorer la vie des travailleurs et travailleuses du textile. De plus, avec l’ONG salvadorienne spécialisée dans les droits des femmes, Ormusa, l’organisation suit depuis plus de dix ans une approche multidimensionnelle : soutien des victimes devant les tribunaux et renforcement des structures étatiques. Depuis 2019, le projet a permis de développer le bureau du procureur général en augmentant les services offerts, pour atteindre plus de zones et donc plus de personnes. Des formations en droit du travail, axées sur les droits humains et de genre, sont également proposées aux avocat·es.
Des millions pour les personnes affectées
L’approche durable de Brücke Le Pont a porté ses fruits. « Nous avons fait en sorte que à l’État lui-même priorise la lutte contre les violations du droit du travail. Il est important pour nous que les habitants locaux portent eux·elles-mêmes le projet », explique Essig.
Depuis six ans, Brücke Le Pont collabore également avec le ministère public salvadorien. Aujourd’hui, des huissièr·es sont chargé·es de poursuivre les violations du droit du travail, des postes créés dans le cadre de ce partenariat et financés par le ministère public. Au cours des cinq dernières années, plus de 4 000 travailleurs et travailleuses ont ainsi reçu des indemnisations totalisant environ 9,3 millions de dollars américains, avec un budget de projet annuel moyen de 60 000 francs suisses.
Dans un tel contexte marqué par la politique de Bukele, le projet demeure pertinent. Certes, ce sont principalement de jeunes hommes qui sont emprisonnés arbitrairement, mais il est urgent d’aborder les répercussions sécuritaires et socio-économiques qui pèsent sur les femmes.