Le Sahara occidental – Dernière colonie d’Afrique

Camps de réfugié·es sahraoui·es près de la ville algérienne de Tindouf, 2020. Mohamed Sleiman Labat/Motif Art Studio
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terre des hommes schweiz Décision de la CJUE sur le commerce avec le Sahara occidental

La frustration grandit parmi la population sahraouie. Depuis 1975, elle vit dans des conditions précaires, soit dans des camps de réfugié·es en plein désert, soit sous une répression massive en territoire occupé. Pendant ce temps, la puissance occupante, le Maroc, joue de ses intérêts géopolitiques. Le conflit colonial au sujet du Sahara occidental reste irrésolu.

Le territoire figure sur la plupart des cartes géographiques ; mais pas toutes. Tout dépend des sources d’informations et des intérêts en jeu. Situé sur la côte atlantique africaine, le Sahara occidental est occupé par le Maroc depuis 1975. Ancienne colonie espagnole, il a obtenu le statut de territoire non autonome par l’ONU, c’est-à-dire un territoire où le processus de décolonisation n’a jamais été achevé. Il est ainsi considéré comme la dernière colonie d’Afrique. Le référendum sur son autodétermination prévu par l’accord ayant mené à un cessez-le-feu en 1991 n’a jamais eu lieu. Depuis, la mission de paix de l’ONU, MINURSO, est présente sur place. Chaque automne, le Conseil de sécurité de l’ONU qui est chargé de la résolution de ce conflit prolonge son mandat d’un an, sans pour autant avancer sur le fond du problème.

Les deux autres parties du territoire sahraoui sont constituées de cinq camps de réfugié·es dans le désert algérien, où les Sahraoui·es ont fui en 1975 après l’invasion marocaine, ainsi que de la zone libérée, une bande de terre aride. Celle-ci est séparée du Sahara occidental occupé par un mur de sable de 2 700 km, entouré de plusieurs millions de mines terrestres.

C’est compliqué.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le Sahara occidental attire si peu d’attention. De plus, l’intérêt international se porte naturellement sur des conflits plus récents et plus intenses.

Un blocus médiatique rigoureux
Mais cette invisibilité s’explique aussi par le travail médiatique efficace du Maroc. Ce pays est davantage connu comme une destination touristique que comme une région en conflit, et il se positionne depuis quelques années comme un champion des énergies renouvelables. Ironiquement, la majeure partie de ces projets est implantée dans le Sahara occidental occupé. Alors que les amateur·rices de kitesurf y sont les bienvenu·es, les journalistes et les observateur·rices des droits humains y sont exclu·es. Depuis 2014, environ 300 personnes ont été expulsées du Sahara occidental occupé, parmi lesquelles huit parlementaires européen·nes qui souhaitaient observer la situation des droits humains sur place. Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch sont interdites d’accès. Le Sahara occidental occupé est donc soumis à un blocus médiatique strict. La situation des droits humains est catastrophique pour les Sahraoui·es engagé·es sur le plan politique.

Europe et peur de l’immigration
Le Maroc exploite sans scrupule les intérêts géopolitiques de l’Europe. Aujourd’hui, la peur des migrant·es est devenue son arme la plus redoutable pour s’assurer du soutien des pays européens sur la question du Sahara occidental.

Les rares moments où la situation sahraouie a fait la une des médias ont été ceux où le Maroc a suspendu le contrôle des frontières aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ces dernières années, Rabat a à plusieurs reprises laissé affluer des milliers de migrant·es en guise de représailles contre l’UE ou un pays européen qui n’avait pas adopté la position souhaitée par le Maroc sur la question du Sahara occidental. Ces moments où le Sahara occidental est projetté sous le projecteurs médiatiques permettent de clarifier les rapports de force.

En plus de la migration, l’autre élément clé du lobbying marocain est l’économie. Le Maroc se présente comme un partenaire commercial stable en Afrique du Nord et fait la promotion des opportunités d’investissement auprès des entreprises étrangères. Ce faisant, il s’assure le soutien des milieux des affaires et impose progressivement sa présence en développant son emprise sur les infrastructures et l’économie.

Une frustration croissante parmi les Sahraoui·es
L’ONG terre des hommes schweiz soutient un projet social pour les jeunes dans un camps de réfugié·es sahraoui·es. La frustration face à l’indifférence de la communauté internationale ne cesse de croître, surtout chez les jeunes.

Dans les camps où les réfugié·es sont dépendant·es de l’aide humanitaire internationale, la situation se détériore. Le Programme alimentaire mondial est chroniquement sous-financé, et le réchauffement climatique détériore les conditions de vie : en été, les températures atteignent 50°C et les précipitations saisonnières entraînent des inondations.

L’absence de perspectives chez les jeunes Sahraoui·es augmente le risque de radicalisation. Ils·elles en ont assez d’attendre dans le sable.

Dans les territoires occupés, le temps joue en faveur du Maroc. Sa politique de colonisation a modifié la démographie locale. Selon un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne en 2024, les Sahraoui·es ne représentent plus que 25 % de la population. Cela complique la tenue du référendum sur l’autodétermination, prévu depuis 1991.

Le point de blocage a toujours été la définition du corps électoral. Aujourd’hui, le Maroc assume ouvertement son refus d’accorder l’indépendance au Sahara occidental et propose au mieux un statut d’autonomie sous sa souveraineté. Or, cette position va à l’encontre du droit à l’autodétermination inscrit dans le droit international. Le Front Polisario, représentant du peuple sahraoui, rejette fermement cette option.

L’indifférence internationale laisse un goût amer aux journalistes et militant·es sahraoui·es, qui subissent des restrictions et des violations des droits humains massives dans la zone occupée.

Des opportunités pour le plaidoyer
L’intérêt du Maroc pour le développement de ses relations économiques avec l’Europe pourrait toutefois offrir un levier pour la mobilisation en faveur du Sahara occidental.

Selon le droit international, l’exploitation des ressources naturelles d’un territoire non autonome ne peut avoir lieu qu’avec le consentement de son peuple. Or, plusieurs jugements de la Cour de justice de l’UE ont conclu que le Sahara occidental, en tant que parti tiers, ne peut être inclus dans les accords commerciaux entre le Maroc et l’UE.

Depuis des années, terre des hommes suisse utilise ces décisions comme outil de plaidoyer. En collaboration avec un réseau international, l’organisation sensibilise les entreprises, investisseurs et autorités suisses aux implications éthiques et juridiques des activités économiques au Sahara occidental occupé. Cette approche permet d’atteindre un public différent, tout en empêchant que le statu quo colonial ne soit renforcé par des faits établis sur le terrain.

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