Le Nexus humanitaire-développement-paix (HDP) vise à aligner les interventions humanitaires, de développement et de paix afin de répondre de manière globale aux crises. Dans ce cadre, la paix est définie comme un processus multidimensionnel : il commence par l’analyse des moteurs du conflit pour en traiter les causes profondes, place les populations affectées au cœur des solutions, accorde la priorité à la prévention des conflits, exige la participation inclusive des parties prenantes, et englobe des activités de consolidation de la paix. Toutefois, intégrer la paix dans les programmes humanitaires et de développement pose plusieurs dilemmes :
- Priorisation
La consolidation de la paix est centrale au nexus, mais souvent éclipsée par les efforts humanitaires ou de développement. Les besoins d’urgence, les préférences des bailleurs à court terme et la perception de la paix comme un objectif secondaire ou à long terme limitent son inclusion précoce. Les programmes devraient intégrer la consolidation de la paix ainsi que l’analyse des conflits et des besoins dès la phase de conception des projets. - Mesure de la complémentarité et de l’adéquation au contexte
L’évaluation de l’alignement des interventions de paix avec les efforts humanitaires et de développement représente un défi. Dans les contextes de conflit actifs, il est souvent compliqué de mesurer l’impact des activités de paix, souvent qualitatives et à long terme. Cela entraîne une application inégale du Nexus selon les situations. Les organisations devraient adopter des indicateurs contextuels pour évaluer les résultats en matière de paix, en combinant des données quantitatives (ex. : réduction des incidents violents) et des évaluations qualitatives (ex. : niveau de confiance communautaire). - Risque de politisation
Selon le Nexus HDP, la paix devrait être renforcée par les efforts humanitaires et de développement. Cependant, prioriser la paix comporte le risque de politiser les autres composantes, cela pouvant compromettre des principes tels que l’impartialité et l’indépendance humanitaire. Pour éviter cela, des lignes directrices claires doivent définir comment la paix peut soutenir l’aide sans biais. Par exemple, l’aide humanitaire à Gaza pourrait se concentrer sur l’accès universel, tandis que les processus de paix se dérouleraient séparément, permettant des dialogues incluant toutes les parties prenantes. - Expertise limitée au sein du Nexus
La mise en œuvre efficace du Nexus HDP requiert une expertise spécifique aux contextes dans lesquels les organisations sont actives, en terme d’aide humanitaire, de développement et de paix. Or, les organisations attendent souvent des expert·e·s humanitaires qu’ils·elles soient également spécialistes du développement ou de la paix et inversement, ce qui mène à des chevauchements de rôles et à des interventions inefficaces. Les organisations devraient investir dans des formations transversales pour combler ces lacunes. - Difficultés à atteindre cohérence et coordination
La cohérence et la complémentarité sont difficiles à atteindre dans des contextes où la communication est déficiente et la coordination entre les acteurs limitée. Dans les zones de conflit, les parties prenantes – États, groupes armés, ONG – peuvent être incapables ou réticentes à aligner leurs efforts, sapant ainsi l’efficacité du Nexus. Des plateformes multi-acteurs, comme des pôles de coordination ou des groupes de travail, peuvent renforcer la coordination et la cohérence. - Naviguer entre paix négative et paix positive
Le Nexus HDP distingue la paix négative (cessez-le-feu, stabilité temporaire) de la paix positive (paix durable et inclusive). Déterminer laquelle prioriser constitue un dilemme. Par exemple, à Gaza, les cessez-le-feu (paix négative) permettent l’aide humanitaire, mais échouent souvent à évoluer vers une paix positive, comme le démontrent les conflits récurrents. Une mauvaise planification de cette transition risque de perpétuer des cycles d’instabilité. - Définition et financement de la paix ambigus
La définition fluide de la paix dans le cadre du Nexus HDP permet une certaine flexibilité, mais contribue à l’incohérence des programmes. Certains acteurs exploitent cette ambiguïté pour allouer des ressources minimales à la paix, ou pour mettre en œuvre des interventions trop larges (ex. : allant d’approches militarisées à la réintégration sociale). Les débats persistent quant à savoir si la paix doit englober à la fois les interventions dites « dures » (axées sur la sécurité) et « douces » (communautaires), ce qui complique la conception des programmes et leur financement.
L’Opérationnalisation de la composante paix du Nexus HDP nécessite une intégration précoce, des définitions claires, une meilleure coordination et un personnel qualifié. Des approches sensibles au contexte, inclusives, et centrées sur les populations affectées peuvent contribuer à concrétiser l’objectif du nexus : une consolidation de la paix durable.