Elise Tama est directrice de l’organisation partenaire de Brücke Le Pont, AFVA au nord du Bénin. Dans cette région, des groupes extrémistes recrutent de plus en plus, et des attaques surviennent régulièrement. Cela rend le travail de l’AFVA et de Brücke Le Pont dans le cadre du projet « Karité » particulièrement exigeant mais aussi d’autant plus important, notamment pour le renforcement de la cohésion sociale. À travers cet entretien, Elise Tama nous explique pourquoi.
Que se passe-t-il dans le nord du Bénin ?
L’origine de la violence se situe dans les zones frontalières avec le Burkina Faso et le Niger, où des groupes armés déstabilisent la région. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’une part, la violence augmente dans toute la zone sahélienne. D’autre part, des tensions éclatent régulièrement entre agriculteurs et éleveurs autour de l’accès aux ressources naturelles. Parallèlement, le chômage massif des jeunes et l’absence de perspectives rendent cette population particulièrement vulnérable à l’influence des groupes armés. Ces derniers imposent également des taxes aux agriculteur·rices, sèment la peur et attisent la méfiance ainsi que les tensions. Ils en tirent profit en se présentant en même temps comme les protecteurs de la population. Ce contexte impose aussi des limites à notre projet : l’insécurité croissante empêche l’accès à certaines zones rurales.
Quel est l’impact de la méfiance de la population sur l’implémentation de votre projet ?
Les communautés locales vivent sous la menace permanente de groupes extrémistes. Elles craignent d’être perçues comme complices de l’État ou des ONG et de subir des représailles. Elles hésitent donc à s’exprimer librement ou à participer aux projets, ce qui complique la collecte d’informations fiables. Sans ces informations, il devient difficile de prendre les décisions les plus adaptées pour le projet. Mais grâce à notre fort ancrage dans la région, notamment à travers notre réseau en politique locale et le soutien continu aux coopératives, nous parvenons tout de même à recueillir les données nécessaires.
Le nord est pauvre, même selon les standards béninois. Quel impact cela a-t-il sur la sécurité ?
Le chômage, la pauvreté et l’exclusion sociale constituent un terreau pour la radicalisation. C’est pourquoi notre projet est si crucial dans ce contexte sécuritaire tendu. En misant sur la génération de revenus, la formation professionnelle, en particulier pour les jeunes, et l’amélioration des moyens de subsistance des ménages vulnérables, nous réduisons considérablement la tentation de prendre les armes.
Le projet bénéficie directement à 5 000 personnes, dont 3 600 femmes. Par rapport à 2021, les participant·es ont plus que doublé leurs revenus. L’année dernière, une coopérative du projet a même décroché un important contrat : produire cinq tonnes de beurre de karité pour le programme d’alimentation des cantines scolaires locales. Par ailleurs, notre projet renforce la cohésion sociale en impliquant également des groupes stigmatisés, favorisant ainsi les échanges. Je pense notamment aux Peul·es, un groupe nomade, mais aussi aux réfugié·es.
Quelles activités sont nécessaires pour renforcer la cohésion sociale ?
Il sera essentiel de continuer à intégrer la dimension sociale et participative dans le projet. Les habitant·es doivent contribuer activement à la résolution constructive des conflits. Cela implique aussi de donner un rôle clé aux leaders locaux dans le projet. Ainsi, avec le projet Karité, nous ne voulons pas seulement améliorer la situation socio-économique des habitant·es et en particulier celle des femmes, nous souhaitons contribuer à l’augmentation des revenus des familles. Nous apportons aussi une contribution importante à la prévention de la radicalisation sur place.