Crises sociales – La politique de l’écoute

Bibkiothèque de Kriens, janvier 2025. Zwischentöne
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Claudia Meier
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Les crises sociétales peuvent miner la confiance dans les institutions, renforcer les divisions et les conflits sociaux et alimenter un sentiment d’impuissance. Mais elles ouvrent aussi des opportunités pour de nouvelles formes de vivre-ensemble. Partant de ce constat, l’association lucernoise Zwischentöne a initié un processus biographique et participatif : environ 70 personnes ont partagé et documenté leurs expériences personnelles de crises sociétales telles que le coronavirus, le changement climatique, la discrimination et la violence. Il s’agissait surtout de donner voix et visibilité aux récits de personnes souvent peu entendues : réfugié·es, personnes en situation de pauvreté, jeunes ou personnes en situation de handicap. L’objectif était d’expérimenter la « politique de l’écoute » comme ressource de résilience sociétale.

Approche de récits biographique et participation
Dans la promotion internationale de la paix, le récit de vie est considéré comme une ressource pour donner du sens, susciter l’empathie et favoriser le traitement individuel et collectif d’expériences traumatiques. Il peut jeter des ponts entre différents groupes et ouvrir de nouveaux espaces de communication. Les démarches participatives, quant à elles, encouragent la responsabilité individuelle, la résilience et la capacité d’agir. Zwischentöne combine ces deux dimensions et crée ainsi des espaces de résonance qui relient les vécus individuels aux dynamiques sociopolitiques.

Cinq enseignements clés

  1. Valorisation des expériences. En temps de crise, les voix les plus fortes dominent souvent ; les perspectives différenciées, notamment celles des groupes marginalisés, sont rarement entendues. Zwischentöne a documenté ces voix et les a rendues accessibles au public. Comme le dit Jahn Graf, responsable de l’inclusion au Kleintheater Luzern, activiste, modérateur et podcasteur : « On connaît ce dicton : On reconnaît la force d’une société à la façon dont elle traite ses minorités. J’ajouterais : … en temps de crise. En temps normal, nous ne sommes pas les bienvenu·es mais toléré·es. En temps de crise, nous ne sommes plus personne. Avant la prochaine grande crise, nous devons apprendre qu’une société n’est forte que dans sa diversité. Nous devrions nous asseoir toutes et tous autour d’une table pour proposer des solutions. »
  2. Besoin d’être compris. De nombreux récits évoquent l’expérience récurrente de ne pas être entendu·es. Cette invisibilité affaiblit la confiance dans la démocratie et entraîne un retrait. Des formats de dialogue accessibles peuvent créer de la résonance si l’on perçoit une empathie sincère, une ouverture et un intérêt pour l’autre. Comme l’explique Somi : « Beaucoup de personnes suisses pensent que les réfugié·es viennent ici, reçoivent tout, y compris de l’argent, et ne font rien. Mais ce n’est pas vrai. Nous faisons toujours tout notre possible : comment pouvons-nous nous intégrer ? Comment trouver un bon emploi ? »
  3. Aller à la rencontre des gens dans leurs environnements de vie. Les processus participatifs ne sont efficaces que s’ils se déroulent dans des lieux familiers. Les bibliothèques, les paroisses ou les centres d’accueil pour réfugié·es se sont révélés importants. Les jeunes, en revanche, sont resté·es difficiles à atteindre. Avec le recul, cela tenait probablement non seulement à la communication, mais aussi au manque de jeunes au sein même de l’équipe de projet, des personnes qui auraient pu établir des ponts de manière crédible.
  4. Relier expérience et politique. Le traitement des crises exige une ouverture réciproque : la politique doit apparaître plus humaine et vulnérable, tandis que les citoyen·nes doivent assumer une responsabilité de co-construction. Nos propres rencontres avec des parlementaires ont montré qu’un dialogue d’égal à égal est possible.
  5. Forger des alliances au-delà des formes de discrimination. Zwischentöne a rassemblé les voix de divers groupes marginalisés. Le fait de rendre visibles des expériences qui se recoupent a ouvert de nouvelles possibilités de construction d’alliances solidaires.

Perspectives
Les espaces de narration biographiques devraient être intégrés de manière systématique aux stratégies de gestion des crises et de dialogue en Suisse. Ils constituent des outils de traitement des crises et des conflits et renforcent la cohésion sociale. Dans une prochaine étape, Zwischentöne développera, en collaboration avec les autorités, un prototype de gestion participative des crises au niveau communal et cantonal.

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