Les mouvements de populations liés à la crise sécuritaire au Burkina Faso peuvent entrainer des tensions entre les populations hôtes et personnes déplacées internes (PDI). Les organisations partenaires d’Action de Carême, telles que l’Association SOUGRI-NOOMA pour le Développement des Initiatives Féminines (ADIF), l’Union des Groupements Producteurs Agroécologistes Kotisseké (UGPAKS), et l’Associations pour la Sauvegarde des Masques Dédougou (ASAMA), tentent de répondre à ce défi en développant diverses initiatives dédiées à la paix et à la cohésion sociale.
Pressions foncières et promotion d’une solidarité communautaire
Les tensions sont souvent dues à la pression liée à l’accès aux ressources naturelles telles que la terre ou l’eau. Pour y répondre, les organisations mentionnées mettent en œuvre des initiatives variées, telles que les champs ou greniers collectifs basés sur le travail en commun, contribuent à renforcer les liens sociaux au sein des groupements. Ils permettent le dialogue au sein et entre les différentes communautés et de cultiver la notion de travail collectif pour le bien commun. De plus, la prise en compte des mécanismes participatifs et endogènes dans la gestion des conflits communautaires, c’est-à-dire des pratiques et solutions issues des communautés elles-mêmes et enracinées dans leur tradition, est essentielle. Par exemple, les conseils de village, les cercles de parole, le théâtre-forum ou la médiation traditionnelle jouent un rôle fondamental. Adaptés aux réalités locales, ces mécanismes communautaires permettent une approche informelle et plus flexible de la résolution des conflits. En revanche, les formats peu inclusifs, tels que les conférences d’expert·es externes, se sont révélés moins efficaces.
Lors de l’implémentation d’activités, les organisations partenaires d’Action de Carême ont tout de même fait face à une certaine résistance (liée au contexte, aux représentations sociales ou à des blessures collectives). Elles se manifestent par la peur ou la méfiance, par des réticences de la part des leaders traditionnels ou coutumiers, ainsi que par des résistances socioculturelles à la mixité. Ces résistances, bien que naturelles dans un contexte de crise prolongée, peuvent être transformées en leviers de changement social à travers l’écoute et l’implication de figures locales dans la recherche de solutions.
Evaluation et impact des activités de cohésion sociale
L’évaluation de l’impact de telles activités pour la cohésion sociale nécessite une approche qualitative, patiente et contextualisée, car les changements sont souvent progressifs, relationnels et invisibles à court terme. Dans le cadre de nos projets, certains impacts sont déjà visibles, tels que l’intégration progressive des femmes déplacées dans les associations locales pour favoriser l’accès à la terre, et une réduction des tensions entre jeunes de différentes origines lors de matchs de football ou de journées culturelles.
Afin de renforcer l’adhésion et l’impact de ce type d’activités de cohésion sociale, il est donc essentiel d’impliquer les acteurs locaux dès la conception des initiatives, de créer des espaces sûrs d’expression et d’échanges, et de valoriser les mécanismes endogènes. L’expérience d’Action de Carême démontre qu’une institutionnalisation excessive de ces activités doit être évitée, afin de préserver leur souplesse et leur ancrage communautaire.