Le départ des troupes de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), décidé en juin dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU à la demande des autorités maliennes, a déclenché de violents affrontements dans le nord du Mali. Enjeu crucial, le transfert des bases militaires onusiennes à l’armée malienne a suscité une forte opposition de la part de certains groupes armés signataires de l’accord de paix de 2015, regroupés au sein du Cadre stratégique permanent (CSP). Les hostilités ont déjà fait des centaines de victimes et des milliers de déplacé·es auprès d’une population déjà affectée par une décennie de violences jihadistes.
Le retrait de la MINUSMA a exacerbé les tensions préexistantes entre les autorités issues des coups d’État de 2020 et 2021 et le CSP. Le long conflit au nord du Mali a donné lieu à quatre vagues de rébellion depuis l’indépendance du pays. Négocié sous l’égide de l’Algérie, l’accord de paix de 2015 liant gouvernement, mouvements séparatistes et milices pro-gouvernementales avait mis fin aux combats entre Bamako et les groupes armés.
Pour les autorités maliennes de transition, soutenues par le groupe Wagner, reprendre le contrôle des bases du nord s’inscrit dans une politique visant à réaffirmer leur souveraineté sur l’ensemble du territoire. Les groupes armés du CSP, quant à eux, y perçoivent une violation de l’accord de 2015 et des arrangements sécuritaires passés en 2014, et redoutent que le déploiement de l’armée ne mette en péril les bénéfices économiques et politiques qu’ils tirent en administrant les zones sous leur contrôle.
Cependant, la reprise des hostilités comporte bien plus de risques que d’opportunités pour les belligérant·es. L’annonce de défaites tactiques ou d’un probable enlisement nuirait à la crédibilité du gouvernement transitionnel vis-à-vis de l’opinion publique bamakoise, tandis que le simple contrôle des bases ne garantirait pas le rétablissement de l’autorité de l’État dans le nord. La poursuite des combats mettrait en évidence les divisions au sein des communautés touareg et arabes dont sont issus les membres du CSP et fragiliserait les avancées en matière de gouvernance locale autonome, une revendication centrale des groupes armés. Les violences aggraveraient une situation humanitaire déjà désastreuse, attiseraient la méfiance entre communautés, et renforceraient davantage les insurrections jihadistes.
Dans ce contexte, il est impératif d’initier des pourparlers visant un cessez-le-feu entre Bamako et le CSP. Les acteurs nationaux, régionaux et internationaux qui restent légitimes aux yeux des parties maliennes devraient s’employer à soutenir un dialogue sans tarder. Certes, l’impasse actuelle du processus de paix et les enjeux géopolitiques que suscite le partenariat entre le Mali et la Russie compliquent la donne. Mais sans action, chaque nouvel épisode de violence éloigne la perspective d’un arrêt rapide des combats, et à terme, d’une reprise des discussions visant une solution politique. Une issue militaire claire à la confrontation actuelle est ni réaliste, ni souhaitable. L’histoire récente du pays démontre que seul un processus de négociation adéquatement soutenu peut faire taire les armes.