Comme d’autres zones du Liptako-Gourma, la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger, est confrontée à une crise sécuritaire sévère, ayant enregistré plus de 2 500 décès documentés entre 2017 et mi-2022, représentant ainsi 52,8 % du nombre total d’incidents violents au Niger pendant cette période. Cette crise affecte la population civile locale de manière similaire ou distincte, touchant les femmes, les filles, les hommes et les garçons. Des travaux de recherchent révèlent certains impacts liés au genre, en particulier une augmentation de la violence basée sur le genre, y compris le mariage d’enfants. Le Niger détient déjà la prévalence la plus élevée au monde en la matière, avec 76 % des filles mariées avant 18 ans et 28 % avant 15 ans, généralement à des hommes beaucoup plus âgés. Dans les zones exposées au conflit, ces taux sont encore plus élevés, souvent dus à une pression économique, poussant les familles appauvries à marier leurs filles dans le but de réduire le nombre de personnes à charge et d’établir des liens d’entraide avec les familles du marié.
Le mariage d’enfants, souvent associé au mariage forcé, porte atteinte aux droits et à la sécurité humaine des jeunes filles et les expose à la violence sexuelle, à des dommages physiques graves et à un risque accru de mortalité maternelle. La maternité précoce, avant que la physiologie des filles ne soit prête à enfanter, accroît ces risques sanitaires et vitaux. Le mariage des enfants compromet également l’avenir des filles, impliquant souvent leur déscolarisation, les soumettant à une dépendance économique à vie et les intégrant dans des dynamiques de couple marquées par des déséquilibres de pouvoir propices à la normalisation de la violence domestique. Réciproquement, la fermeture de près d’un millier d’écoles (987 selon les chiffres de l’UNICEF) en raison de l’insécurité de la région, aggrave l’exposition des filles au mariage des enfants et la vulnérabilité des garçons au recrutement par des groupes armés.
La violence et l’insécurité augmentent le risque de violence sexuelle liée au conflit, souvent sous-déclarée en raison de la stigmatisation sociale. Cette forme de violence est généralement associée à des groupes armés non étatiques mais peut également impliquer les forces de sécurité, soulignant la nécessité de leur imputabilité systématique. La situation post-coup d’État du 26 juillet 2023 rend une telle imputabilité moins probable, car l’espace civique s’est réduit, laissant moins d’options sécuritaires pour les plaintes ou critiques publiques.
La vulnérabilité des femmes au vu de leur dépendance financière à l’égard de leurs maris augmente lorsque ces derniers sont pris pour cible lors d’attaques. La situation des veuves et des enfants orphelins d’hommes victimes du conflit, qui font souvent face à une détresse économique et à l’isolement, est régulièrement négligée par l’Etat. En raison de la crise, les structures sociales qui soutiennent généralement les veuves et les orphelins de pères, telles que les familles élargies, sont moins accessibles et efficaces. Le déplacement forcé désarticule les familles élargies et distend les liens communautaires, coupant souvent les veuves et les orphelins des réseaux de soutien traditionnels. Des politiques publiques devraient être mises en œuvre pour prévenir la descente ultérieure de ces femmes et enfants dans l’extrême pauvreté ou dans les griffes de groupes armés.
Une approche axée sur la sécurité humaine, prenant en compte l’impact de la violence basée sur le genre, est nécessaire pour aborder de manière globale la crise sécuritaire dans la région de Tillabéri. Consulter directement la communauté peut aider à identifier les préoccupations locales, à maintenir un dialogue constructif et à élaborer des réponses pertinentes. Des données détaillées et spécifiques au genre sont essentielles pour façonner des politiques publiques et des efforts humanitaires efficaces, bénéficiant à toutes les personnes touchées par le conflit, quel que soit leur genre.