En Argentine, les signes d’une dérive autoritaire sous le président Javier Milei ne se sont pas fait ressentir que par les dernières élections présidentielles; ils sont le résultat de crises économiques, sociales et politiques accumulées qui ont laissé la société épuisée. Perçu comme un outsider face à une classe politique inefficace, Milei a capitalisé sur une inflation annuelle de 211,4 % en 2023 et un taux de pauvreté de près de 40%.
Des menaces croissantes sur la liberté d’expression et la société civile
Depuis fin 2023, une mesure nationale connue sous le nom de « Protocole anti-manifestations » a renforcé l’intervention policière lors des barrages routiers et des manifestations. Au 30 juin 2025, au moins 2 467 personnes avaient été blessées lors de manifestations, selon la Commission provinciale de la Mémoire (une organisation locale de défense des droits humains). La liberté de la presse a également décliné, exposant journalistes, militant·es et organisations de plaidoyer comme Amnesty International à des risques accrus. La stigmatisation, les attaques, les procès abusifs et l’usage excessif de la force rendent l’accès à une information indépendante de plus en plus difficile.
Évaluation stratégique des risques et engagement public
Pour soutenir le pluralisme et les initiatives de défense des droits humains dans cet environnement, Amnesty International s’appuie sur trois piliers:
- Écoute numérique pour comprendre l’humeur sociale;
- Documentation des violations des droits humains selon des standards et protocoles rigoureux;
- Plaidoyer à double pression, combinant action locale et pression internationale.
L’organisation a adapté ses pratiques pour réduire les risques: elle privilégie les témoignages collectifs (les témoignages individuels étant plus risqués pour les témoins), limite la collecte de données sensibles (noms, adresses ou toute information permettant d’identifier ou de revictimiser une personne), et utilise des formats culturels et numériques déjà familiers à ses publics.
Règles claires d’engagement et de protection
La relation d’Amnesty avec l’État argentin obéit à des règles bien établies: un dialogue technique, des engagements vérifiables et, lorsque les portes se ferment, le recours aux instances de contrôle. Afin de protéger ses équipes et les communautés, des protocoles de sécurité sont appliqués (plans de contingence, itinéraires sûrs, porte-parole tournants). Avant chaque intervention — manifestation ou campagne de défense des droits humains — des analyses du contexte politique et social sont réalisées, incluant études d’opinion, écoute sociale et cartographie des acteurs clés et des indicateurs de tensions. Les décisions reposent sur une grille de critères simple: est-ce légal, nécessaire et proportionné? soutenue par des évaluations des risques et par le principe essentiel du « ne pas nuire ».
Dans cet environnement, Amnesty International reste déterminée à documenter les abus et à soutenir le plaidoyer pour les droits humains tout en minimisant les risques pour les communautés avec lesquelles elle travaille. Fondée sur une analyse rigoureuse du contexte et des protocoles de sécurité stricts, son action continue de soutenir la législation et les campagnes publiques sans exposer ses équipes ou partenaires. Cette approche garantit des interventions responsables et efficaces, même si l’espace civique en Argentine continue de s’amenuiser.