Au Soudan du Sud, les conflits prolongés, l’instabilité politique et un paysage de l’aide extrêmement fragmenté ont créé un environnement compliqué pour la localisation. Sans étude attentive du contexte, les efforts de localisation de l’aide peuvent involontairement renforcer les inégalités existantes, favoriser la monopolisation de l’aide par les élites ou accentuer les tensions sociales. Par exemple, le choix des partenaires locaux en fonction de leur visibilité, de leur familiarité avec les bailleurs de fonds ou de leur alignement politique peut exclure des acteurs communautaires légitimes et aggraver les frustrations locales. Ainsi, la localisation ne devrait pas se limiter au financement ou à la mise en place de programmes : elle doit aussi prendre en compte les relations de confiance, la légitimité et les dynamiques de pouvoir.
Dans le cadre du Conflict Sensitivity Resource Facility (CSRF) au Soudan du Sud, nous avons toujours placé les acteurs locaux et leur capacité d’action au cœur de la sensibilité aux conflits. D’après notre expérience, une localisation réussie et sensible aux conflits repose sur trois piliers fondamentaux :
- Légitimité contextuelle
Les initiatives locales doivent reposer sur le travail d’acteurs reconnus et respectés par leurs communautés. Cela suppose d’évaluer non seulement leurs compétences techniques, mais aussi leur crédibilité sociale, leur représentativité et leur capacité à inclure différents groupes.
Prendre en compte cette légitimité permet de limiter les risques d’accaparement par des élites et de mieux répondre aux besoins réels des populations. Des décisions fondées sur une analyse fine du contexte et des dynamiques de conflit permettent des interventions qui prennent mieux en considération les dynamiques de pouvoir locales et d’éviter que l’aide n’aggrave les tensions existantes. - Des partenariats équilibrés
La localisation doit permettre aux acteurs locaux et nationaux de jouer un rôle de premier plan — et non de rester en marge des décisions tout en étant chargés de la mise en œuvre des projets.
Cela implique d’inclure des organisations locales, y compris les plus petites et celles issues de groupes marginalisés. Pour que les acteurs locaux puissent réellement diriger la mise en œuvre de l’aide, les partenariats doivent reposer sur la confiance, la transparence, la responsabilité partagée et un engagement mutuel.
L’objectif est de dépasser les approches d’inclusion symbolique et de s’assurer que les acteurs locaux font plus que simplement «influencer» la prise de décision, l’allocation des ressources et les orientations stratégiques.
Cet article est une version abrégée d’un blog du CSRF publié en janvier. Pour approfondir, d’autres ressources sur les enseignements tirés par le CSRF concernant la mise en œuvre de la sensibilité aux conflits et de la localisation sont disponibles dans la barre latérale gauche de l’article.