Sécurité – l’armée échoue déjà à sa mission fondamentale

Escadrille de l'armée de l'air suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Han Witmer/Bibliothèque de l'ETH Zurich (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)
Frieda - l'organisation féministe pour la paix

Natalina Haller
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Frieda - l'ONG féministe pour la paix

Depuis des décennies, le rôle des femmes dans l’armée fait l’objet de débats. Pendant longtemps, l’institution a été façonnée par des rôles de genre traditionnels : les hommes comme protecteurs, les femmes comme aidantes. Aujourd’hui encore, la militarisation renforce les violences patriarcales. Pourtant, les responsables politiques continuent de promouvoir  une intégration accrue des femmes dans l’armée.

« Un pas vers l’émancipation » ou « un service rendu à la collectivité » : depuis des décennies, de tels slogans sont utilisés pour rendre le service militaire plus attrayant pour les femmes. Actuellement, le Conseil fédéral travaille à une modification de la Constitution fédérale afin d’introduire une journée d’orientation obligatoire sur l’armée et la protection civile pour les jeunes femmes.

La place des femmes dans l’armée suisse demeure depuis longtemps controversée. Avant la Seconde Guerre mondiale, le Service complémentaire féminin a été créé. Les femmes y assumaient principalement des tâches en cuisine, des postes de campagne ou de transport – des fonctions qui correspondaient à la conception de leurs rôles de l’époque.

Une obligation de protection civile avant même le droit de vote des femmes

En 1957, une votation a eu lieu sur une loi relative à la protection civile, qui prévoyait également un service militaire obligatoire pour les femmes. Le projet a été rejeté. Les organisations féminines soutenaient qu’une telle proposition ne pouvait être discutée qu’une fois que les femmes auraient obtenu le droit de participer aux décisions politiques.

En 1970, le Département militaire fédéral a étudié les moyens d’intégrer davantage les femmes à la défense nationale. Parmi les idées proposées figurait notamment la création d’une armée de réserve féminine. La répartition des rôles restait toutefois clairement stéréotypée : les hommes devaient combattre armés, tandis que les femmes devaient protéger, soigner et combler les lacunes en matière de ravitaillement. Ces conceptions ont suscité une opposition, tant de la part des féministes que des milieux conservateurs, qui estimaient que les femmes devaient rester au foyer plutôt que d’entrer dans le « domaine masculin » qu’était l’armée.

Les mêmes fonctions que les hommes seulement depuis 2004

En 1986, le Service complémentaire féminin a été transformé en Service militaire féminin. Les femmes pouvaient désormais accéder à des grades militaires, mais restaient non armées. Ce n’est qu’à partir de 1995 que les écoles de recrues sont devenues mixtes et seulement depuis 2004 que les femmes peuvent exercer toutes les fonctions de l’armée dont celles qui requièrent le port d’armes.

En 2022, la conseillère fédérale Viola Amherd a ouvert le Bureau Femmes dans l’armée et Diversité (FiAD). Une étude publiée par le FiAD en 2024 confirme que la militarisation renforce les rapports de pouvoir existants, notamment les violences patriarcales et les inégalités entre les sexes. Alors que les violences fondées sur le genre sont déjà largement répandues dans la société, l’étude indique qu’elles sont encore plus fréquentes au sein de l’armée, en particulier pour les femmes et les personnes queer. Les personnes interrogées sont touchées différemment par les discriminations, mais toutes considèrent que la culture de l’institution en est la principale cause.

Des contradictions fondamentales

Alors que l’intégration des femmes est souvent présentée comme un progrès et un pas vers l’égalité, l’institution militaire reste étroitement liée à des structures patriarcales, à la violence et aux inégalités. D’un point de vue de la politique de paix, il est d’ailleurs légitime de se demander si l’extension de l’armée conduit réellement à davantage de sécurité et de paix.

Par ailleurs, les femmes apportent déjà une contribution considérable à la société sans effectuer de service militaire. Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2024, les femmes ont consacré en moyenne 36 heures par semaine à des activités de soins et d’assistance non rémunérées au service de la collectivité. La valeur économique annuelle de ce travail est estimée à 322 milliards de francs suisses. Une véritable égalité passe donc par la reconnaissance et la valorisation de ce travail non rémunéré, et non par l’obligation faite aux femmes d’effectuer un service militaire.

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