Alors que le monde compte les drones, les morts et les guerres, des personnes œuvrent sans relâche, loin des caméras, en faveur d’une cohésion sociale qui aide les communautés à surmonter les crises et à gérer les conflits de manière constructive. Helvetas soutient ce travail quotidien en faveur de la paix.
« Je ne savais tout simplement pas comment écouter correctement », a confié un père Kirghise à l’issue d’une rencontre avec des jeunes consacrée à la réflexion sur les schémas de communication. Ces rencontres de dialogue s’inscrivent dans le cadre d’un projet visant à prévenir la radicalisation extrémiste chez les jeunes kirghizes. Très tôt, l’équipe du projet a identifié un lien entre la radicalisation et l’exclusion, ainsi qu’avec le manque de participation citoyenne et de dialogue intergénérationnel. Pour y répondre, Helvetas s’est associée à une organisation de jeunes afin de réunir plusieurs générations autour d’un même objectif — apprendre à s’écouter. Une démarche qui a permis de rompre avec un schéma bien ancré, celui où les jeunes n’avaient qu’à se taire et obéir.
Helvetas est une organisation de développement qui conçoit ses programmes de manière à ce qu’ils contribuent à la paix. C’est le cas, par exemple, à Borana, dans le sud de l’Éthiopie, où l’organisation soutient les communautés pastorales dans la préservation de leurs moyens de subsistance face au changement climatique. Suite à plusieurs sécheresses graves et répétées, Helvetas a contribué à la réparation des puits traditionnels, les « ela ». Les représentant·es des autorités locales, les ancien·nes du village, les femmes et d’autres membres des communautés villageoises se sont rappelés des règles oubliées mais transmises de génération en génération, les ont adaptées et ont pris ensemble la responsabilité de la distribution de l’eau. Pour la première fois, les femmes ont participé à ce processus.
Mais la revitalisation des infrastructures traditionnelles ne suffit pas, à elle seule, à endiguer les tensions. Sous la pression croissante sur les ressources naturelles, les conflits liés à l’accès aux pâturages et à l’eau se multiplient. Helvetas et ses partenaires travaillent donc aux côtés des communautés pour renforcer la coopération entre les institutions traditionnelles et étatiques. L’objectif : repérer les conflits dès leur émergence avant qu’ils ne dégénèrent. Résultat : après neuf réunions communales infructueuses, Helvetas et son partenaire, l’Ethiopian Institute of Peace, sont parvenus à instaurer un dialogue communautaire plus inclusif et à résoudre le conflit — un exemple qui a inspiré d’autres districts à adopter une approche similaire pour gérer leurs propres conflits.
Les contextes varient, mais un fil conducteur demeure : la paix se construit par la participation, des règles équitables et la prise en compte de points de vue divers. D’autres facteurs permettent de déterminer si un projet renforce la paix : de nouvelles voix se font-elles entendre, comme celles des jeunes au Kirghizistan ? Les personnes concernées perçoivent-elles les règles comme justes, à l’instar des usager·es des puits Ela ? Et les communautés prennent-elles en charge les conflits avant qu’ils ne s’aggravent, comme le permettent les forums de dialogue à Borana ?
À une époque où les moyens alloués à la coopération internationale diminuent et où les conflits sont de plus en plus interdépendants, cette approche gagne en importance. Elle contribue à la cohésion sociale dans un monde où les divisions sociales s’intensifient.