La promotion féministe de la paix – Solidarité en action

09.Mural.BFMB.BaltimoreMD.2July2017" (CC BY-SA 2.0) by Elvert Barnes (https://www.flickr.com/people/perspective/)
Femmes de Paix Autour du Monde
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À l’heure de la montée de l’autoritarisme et du rétrécissement de l’espace civique, où la militarisation est présentée comme la réponse à l’insécurité, la solidarité est plus importante que jamais. Elle n’élimine pas les risques auxquels sont confrontées les femmes et les actrices de la promotion féministe de la paix, pas plus qu’elle ne résout les défis structurels auxquels elles sont confrontées. Mais lorsqu’elle est placée au cœur de la promotion féministe de la paix, la solidarité crée des liens, renforce l’action collective et garantit que les actrices de la promotion de la paix n’ont pas à affronter ces défis seules. En plaçant les personnes touchées par les conflits au centre de ses préoccupations, la promotion féministe de la paix s’attaque aux causes profondes des conflits armés, œuvre en faveur de changements transformateurs et structurels, et s’appuie sur l’action et le pouvoir collectifs.

La solidarité est une valeur fondamentale pour PeaceWomen Across the Globe (PWAG). Pour certain·es, ce terme peut sembler vague, évoquant une forme de charité sentimentale ou un idéal philosophique abstrait. Pour nous, chez PWAG, la solidarité fait partie intégrante de la pratique quotidienne de la construction de la paix féministe.

Nous reconnaissons que la promotion de la paix est un acte quotidien de résistance, un combat mobilisant des milliers de personnes de tous horizons à travers le monde, et non pas seulement l’œuvre de diplomates et de responsables lors de réunions à huis clos. De nombreuses personnes œuvrent quotidiennement à la paix, partout dans le monde. Dans cette optique, PWAG adopte une vision plus large des processus de paix que l’image médiatique d’une poignée de main entre hommes puissants à l’issue de négociations de paix. PWAG a remis en question et déconstruit cette perception courante. Un processus de paix commence avant même le début des pourparlers de paix officiels et se poursuit pendant des décennies après la conclusion d’un cessez-le-feu ou d’un accord officiel. En tant qu’organisation féministe de promotion de la paix, PWAG s’efforce de placer les voix et les revendications des femmes et des actrices féministes de la promotion de la paix, qui sont les plus proches des conflits, au cœur de toutes les phases des processus de paix.

Pour PWAG, promouvoir une paix féministe fondée sur la solidarité, c’est avant tout nouer des partenariats durables, ancrés dans un accompagnement de long terme aux côtés de celles et ceux qui œuvrent pour la paix. Cela ne signifie pas pour autant promouvoir une approche unique : ce sont les artisan·es de la paix et les militant·es qui mènent le jeu. PWAG apporte une valeur ajoutée en les soutenant dans leurs efforts quotidiens, souvent menés dans les conditions les plus difficiles et au péril de leur vie. Nous avons conscience du privilège que représente le fait de travailler depuis un lieu relativement sûr — un privilège que nous mettons à profit pour renforcer le travail essentiel de nos partenaires en matière de transformation sociale et de promotion de la paix. Concrètement, cela signifie leur fournir les outils et l’accès dont ils·elles ont besoin, veiller à ce que leurs voix soient entendues par les décisionnaires en Suisse et au-delà, et les mettre en relation avec «Feminists Connecting for Peace», le réseau mondial de femmes et actrices féministes de la paix, animé par PWAG.

La solidarité prend différentes formes
Pour PWAG et ses partenaires, la solidarité consiste toujours à créer des relations sûres et fondées sur la confiance entre les femmes et les actrices féministes de la promotion de la paix. Une participante au programme de promotion de la paix de PWAG au Soudan, originaire du Kordofan du Sud, définit la paix comme «pouvoir dire au revoir à mon enfant le matin, en sachant qu’il rentrera à la maison après l’école». Avec ses collègues, elle milite pour des cessez-le-feu entre les acteur·rices armé·es. Pour PWAG, ce sont des femmes comme cette participante qui devraient être au cœur des dialogues pour la paix.

PWAG soutient son partenaire soudanais, le Badya Center, dans son rôle de relais entre les femmes actrices de la paix comme elle, au Kordofan du Sud, et celles en exil à Kampala, plus proches des négociations de paix officielles. Grâce à ce programme, les femmes du Kordofan du Sud obtiennent les informations et les outils nécessaires à leur militantisme quotidien, tandis que celles proches des négociations reçoivent en retour des informations du « terrain » sur la situation au Soudan.  Ainsi se tisse un réseau solidaire à travers lequel celles qui bénéficient d’un accès — même relatif — se font les porte-paroles des expériences et des besoins de celles qui restent écartées des processus officiels.

Les échanges internationaux organisés par PWAG le démontrent : la solidarité avec d’autres militantes pour la paix, au-delà de leur propre contexte d’action, compte énormément. Ne pas se sentir seule dans ce combat quotidien et recevoir le soutien d’autres actrices impliquées dans la transformation de conflits lointains constituent une importante source de motivation. « Même si nous sommes séparées par de nombreux kilomètres, nous ne sommes pas seules et nous partageons le même objectif», a déclaré Gabriela Bastidas, militante colombienne pour la paix et participante au programme de PWAG à l’issue d’un échange avec des actrices de la paix soudanaises.

Ensemble contre le recul mondial de la cause féministe
Dans un contexte de recul mondial de la cause féministe, la promotion de la paix féministe se heurte à de nombreux défis. Cela a conduit à une remise en cause des programmes féministes ainsi qu’à une perte de leur reconnaissance à l’échelle mondiale. Même si le travail des femmes et des actrices de la paix féministes s’est révélé essentiel dans de nombreux contextes touchés par des conflits armés, leur action bénéficie de peu, voire d’aucune visibilité ni de reconnaissance. Cette reconnaissance insuffisante se traduit directement par un manque de financement, ce qui limite la portée de leur travail.

Ce recul affecte la vie quotidienne et le travail des membres et partenaires de PWAG : la haine, la violence et les menaces de mort rendent leur travail de plus en plus dangereux. Malheureusement, la solidarité à elle seule ne suffit pas à résoudre ce problème. De nombreuses femmes impliquées dans la promotion de la paix continuent de faire face à des risques extrêmes dans leur vie professionnelle comme personnelle.

Cependant, la solidarité tisse des liens qui perdurent au-delà de tout programme ou période de financement. Les discussions de groupe sur les applications de messagerie, créées par plusieurs participantes aux programmes de PWAG pour échanger des informations, partager des analyses, discuter des préoccupations en matière de sécurité et se soutenir mutuellement pendant les périodes difficiles, en sont un exemple. Pour beaucoup, ces réseaux sont devenus une source importante de lien et de soutien dans des contextes où leur travail peut les faire se sentir profondément seules.

Faire preuve de solidarité envers les personnes touchées par les conflits et la violence implique de placer leurs expériences au centre des préoccupations, soutenir concrètement leur travail et contribuer à élargir l’espace dont disposent les femmes et les artisan·es de la paix féministe pour peser sur les décisions qui affectent leur vie et l’avenir de leurs communautés – à une époque où cet espace est justement soumis à une pression croissante.

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